Sur le jeu, il existe énormément de méthodes. Mais j'ai un dogme, vers lequel je tends tout le temps, pour moi comme pour les élèves à qui je transmets :
Il n'existe qu'une seule technique. Pas deux, pas trois, pas quatre. Une seule : celle qui fonctionne pour toi.
Est-ce Sanford Meisner ? Stanislavski ? Stella Adler ? Augusto Boal ? Un peu de tout ça ? Peu importe. Chaque comédien a sa manière de travailler, à partir du moment où il l'a expérimentée, trouvée, intégrée à son quotidien. Ce guide te propose des outils. À toi de garder ceux qui marchent pour toi.
1. Au départ, le plaisir
Avant toute performance, aussi brillante, singulière, extraordinaire soit-elle, il y a le plaisir. On dit bien « jouer » la comédie, ce n'est pas pour rien : ça reste un jeu. Il peut être exigeant, parfois douloureux, mais c'est une souffrance qui s'arrête au bord du plateau.
2. La détente et la disponibilité
Ce jeu n'est possible que lorsque le corps et l'esprit sont détendus. Se rendre disponible, c'est se rendre prêt à jouer : prêt dans le corps, prêt dans l'esprit.
Imagine un pianiste qui attaque la Lettre à Élise les doigts crispés : il ne pourra pas jouer. Un violoncelliste qui entame un concerto sans être totalement détendu non plus. L'acteur ne fait pas exception. Simplement, son instrument, c'est lui-même : son corps, sa voix, sa respiration.
On le dit souvent dans les cours de théâtre : donnez-moi quelqu'un qui sait respirer, j'en ferai un comédien. Au départ de tout, il y a la respiration.
3. Tourné vers l'autre
Le jeu est presque toujours tourné vers l'autre, pas vers soi. On est tourné vers soi, vers son personnage, avant d'entrer en scène ou avant le tournage. Mais en action, on doit se rendre perméable à ce qui se passe, être touché par ce qui se dit, par ce qu'on entend. Et c'est un corps disponible qui permet d'écouter.
C'est vrai sur scène comme devant la caméra : la caméra filme surtout ce qui se passe en toi quand tu reçois ce que l'autre te donne.
4. Les outils : objectif, obstacle, enjeu
Beaucoup d'acteurs travaillent une scène avec trois questions. Essaie-les :
— L'objectif : qu'est-ce que mon personnage veut obtenir de l'autre, maintenant ? C'est ce que tu joues, réplique après réplique.
— L'obstacle : qu'est-ce qui l'en empêche ? L'autre, la situation, ou lui-même.
— L'enjeu : qu'est-ce qu'il perd s'il échoue ?
Et une règle qui libère beaucoup d'acteurs : tu ne joues pas une émotion, tu joues une situation qui te fait quelque chose. Le personnage ne sait pas ce qu'il ressent. Il sait ce qu'il veut.
Le blog du Jeu de l'Acteur détaille ce travail dans Le travail de table : la préparation qui libère le jeu.
5. COACH : des pistes, jamais des certitudes
Pour t'aider à ouvrir une scène, j'ai créé COACH dans IACTEUR. Tu colles ton texte, tu choisis ton rôle, et tu reçois un coaching de répétition : ce que le texte te donne à observer, ce qui s'est passé juste avant, l'objectif et l'obstacle, des questions de plateau, des « Et si… » à essayer, un exercice, et même des idées d'habillage, de maquillage et de coiffure.
COACH ne fait que des propositions. Coacher quelqu'un, ce n'est pas lui dire comment jouer : c'est lui poser des questions, lui donner envie d'expérimenter. Les décisions, elles, se prennent sur le plateau.
Et si tu n'as pas de scène à travailler, SOLO t'écrit un monologue sur mesure, et DUO une scène à deux : ton âge, ce que veut ton personnage, ce qui l'en empêche, le style que tu veux travailler. Des textes que personne n'a jamais joués.

