Doublage, voix clonées, acteurs virtuels : quand on parle d'intelligence artificielle, beaucoup de comédiens s'inquiètent, et ils ont raison de se poser la question. Moi, je suis comédien, et j'ai créé IACTEUR, une application qui utilise l'IA pour les acteurs. Voici ce qu'elle peut faire pour toi, et ce qu'elle ne fera jamais à ta place.
Ce que l'IA sait faire pour un acteur
— Te donner la réplique quand personne n'est disponible, et te souffler quand tu as un trou : c'est RÉPLIQUE.
— T'écrire une scène d'entraînement sur mesure, écrite pour toi : c'est SOLO et DUO.
— T'aider à ouvrir une scène avec des questions et des pistes de jeu : c'est COACH, et le mini-COACH, gratuit et sans compte.
— Te poser une question sur ce que tu viens de vivre, et t'aider à garder le fil de ton parcours : c'est CARRIÈRE.
Ce qu'elle ne fera jamais à ta place
Elle ne joue pas. Elle ne juge pas un acteur. Elle ne remplace pas le partenaire de plateau, son regard, son rythme, ses surprises. Elle ne prend aucune décision de jeu pour toi.
Les voix d'IACTEUR sont des voix de synthèse. Aucune voix réelle n'est utilisée sans le consentement total de la personne. Et ce que tu écris ou dis dans l'application reste à toi.
Un outil construit avec des acteurs
Pour créer COACH, je l'ai essayé sur des rôles que j'avais déjà joués : Richard III, Amphitryon, des scènes de cinéma et de séries. Il a fallu poser énormément de garde-fous pour qu'il ne fasse que des propositions, jamais des affirmations, des pistes à expérimenter.
En testant RÉPLIQUE sur un monologue, je me suis aperçu que le souffleur n'aidait qu'au début de chaque bloc de texte, alors qu'un trou de mémoire peut arriver en plein milieu. On a créé deux façons de travailler : par phrase, puis par bloc. L'IA n'a rien décidé : c'est l'oreille d'un acteur qui a dit ce qui manquait.
Emmanuelle Rivière, comédienne, répète souvent le soir, chez elle, sans casque. C'est elle qui a demandé à pouvoir parler doucement sans que l'application la perde : c'est devenu « Je parle doucement ». C'est elle aussi qui a eu l'idée des notes sur chaque texte, pour garder ses intentions et les indications du metteur en scène, et celle du temps de réponse, pour voir ses progrès d'une répétition à l'autre. Les comédiens qui s'en servent disent ce qui leur manque, et l'outil change.
Et un texte écrit par une IA n'est pas un texte d'auteur : avec lui, l'acteur fait aussi un peu de mise en scène, de direction d'acteur, avec son partenaire. Il cherche le sens de la situation, il doit justifier ce qu'il fait. Un texte généré pose d'autres questions. Et le travail, c'est ça : des questions qui amènent des questions, jusqu'au moment où on n'en a plus besoin. Où on n'a plus besoin que du plateau.
Puis vient le plateau
L'outil aide à ouvrir des pistes. Les pistes conduisent à des hypothèses. Les hypothèses conduisent à des essais. Les essais confirment certaines intuitions, en invalident d'autres et en font apparaître de nouvelles.
Puis, à un moment, il faut arrêter de réfléchir sur la scène et commencer à la jouer. Le partenaire devient alors la principale source d'information : son regard, son rythme, sa réaction imprévue, une distance, un silence. Tout ce qui se passe réellement peut modifier le travail bien plus qu'une nouvelle proposition écrite.
C'est pour ça qu'IACTEUR existe : pour que tu arrives au plateau prêt, et libre.
Sur le blog du Jeu de l'Acteur : L'IA peut-elle remplacer l'acteur ? Non. L'aider à mieux préparer ? Oui.

